1. Une confusion aux conséquences graves
"La
meilleure intention ne remplace jamais la bonne compétence."
Au sein de
certaines entreprises, il arrive malheureusement que le Sauveteur Secouriste du
Travail (SST) soit sollicité pour effectuer des gestes de relevage ou de
brancardage de victimes. Pourtant, ces actions ne relèvent absolument pas de
ses compétences principales. Ces manœuvres exigent une formation spécifique et
approfondie, détenue par des professionnels tels que les ambulanciers,
secouristes de niveau PSE1/PSE2, ou le personnel médical. Effectuées sans
l'habilitation requise, elles peuvent non seulement aggraver l'état de la
victime, mais aussi entraîner des conséquences juridiques lourdes pour le SST
et l'entreprise.
2. Le
cadre juridique marocain : une ligne claire
"Nul n'est censé ignorer la loi, surtout en matière de protection
des personnes."
Au Maroc,
la sécurité et la santé au travail sont encadrées par une législation précise
qui définit les rôles et les responsabilités de chacun :
. Le Code du Travail (Loi n° 65-99), notamment ses articles 281 à 291, consacre l'obligation générale de prévention des risques professionnels.
. La Loi n° 18-12 relative à la réparation des accidents du travail.
. Le Dahir portant loi n° 1-93-16 relatif à la responsabilité civile, qui encadre les dommages causés aux tiers.
. Les principes généraux de responsabilité pénale en cas de mise en danger d'autrui ou de négligence grave.
Ces textes fixent le cadre légal strict dans lequel chaque acteur de la prévention doit opérer.
3.
Le rôle circonscrit du Sauveteur
Secouriste du Travail
"Le SST est une première ligne vitale, pas un substitut aux
professionnels de la santé."
Le
Sauveteur Secouriste du Travail (SST) est un maillon essentiel de la chaîne de
secours en entreprise, formé pour des actions spécifiques et limitées :
. Intervenir en cas d'accident ou de malaise sur le lieu de travail.
. Appliquer des gestes de premiers secours d'urgence, toujours dans les limites strictes de sa formation certifiée.
. Alerter les secours spécialisés (SAMU, Protection Civile) sans jamais se substituer à eux.
Il est impératif que le SST comprenne et respecte ces frontières pour garantir une intervention efficace et sécurisée.
4. Risques juridiques : quand l'intention se heurte à la loi
"L'acte non habilité, même bien
intentionné, peut se transformer en faute inexcusable."
Un SST qui effectue un relevage ou un brancardage sans
l'habilitation requise s'expose à de graves conséquences :
. Poursuites pénales : Il peut faire l'objet de poursuites pour mise en danger de la vie d'autrui ou négligence, notamment si son action a des conséquences dramatiques.
. Sanctions de l'employeur : L'employeur pourrait sanctionner le SST pour non-respect des consignes internes de sécurité.
En cas d'accident aggravé, la victime ou sa famille
peut engager une procédure de réparation. L'assurance de l'entreprise est alors
susceptible de refuser de couvrir les dommages si le Sauveteur
Secouriste du Travail a agi en dehors de son cadre de compétences défini.
5. Pourquoi
ces gestes sont formellement interdits pour le SST
"Le corps humain est complexe ;
sa manipulation post-traumatique exige science, technique et précision."
Le relevage et le brancardage sont des gestes
hautement techniques qui exigent des compétences spécifiques pour plusieurs
raisons fondamentales :
. Nécessité d'une évaluation médicale préalable : Seuls des professionnels formés peuvent évaluer correctement la nature et la gravité des blessures avant toute mobilisation.
. Implication de techniques et de matériel spécialisés : Ces gestes requièrent des savoir-faire précis et l'utilisation d'équipements adaptés (plan dur, collier cervical, matelas coquille, etc.).
Le Sauveteur Secouriste du Travail n'est ni formé ni
autorisé à évaluer la gravité d'un traumatisme interne ou à mobiliser une
victime en toute sécurité sans cette expertise et cet équipement.
6. Que
doit faire le Sauveteur Secouriste du Travail en cas d'accident
« Protéger, Examiner, Alerter,
Secourir : l'ordre rigoureux d'une intervention efficace et responsable. »
En cas d'accident, le SST doit strictement
s'en tenir aux actions pour lesquelles il est formé :
. Protéger : Sécuriser la zone pour éviter un suraccident pour lui-même et pour la victime.
. Examiner : Évaluer les fonctions vitales de la victime (respiration, conscience, état apparent des blessures) sans la mobiliser et sans aggraver son état. Cette étape est cruciale pour adapter les gestes de premiers secours et transmettre des informations précises aux services d'urgence.
. Alerter : Alerter les secours compétents (SAMU, Protection Civile, ou autres services d'urgence locaux), en leur fournissant un maximum d'informations claires et précises obtenues lors de l'examen.
. Secourir : Surveiller la victime en attendant l'arrivée des professionnels, en lui parlant et en la rassurant, et en réalisant les gestes de premiers secours appropriés à son niveau de formation, sauf si un danger immédiat et impérieux (incendie, effondrement, etc.) exige une évacuation d'urgence spécifique.
7. Recommandations
pour les entreprises
"La clarté des rôles est le
premier pilier d'une prévention efficace et d'une sécurité juridique."
Pour prévenir toute confusion et
renforcer la sécurité, les entreprises doivent :
. Intégrer les limites d'intervention du Sauveteur Secouriste du Travail dans le règlement intérieur, les procédures HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) et les plans d'urgence.
. Former le personnel encadrant et les SST à identifier les situations où le relevage ou le brancardage est nécessaire et qui doit l'exécuter.
. Sensibiliser les Sauveteurs Secouristes du Travail aux risques juridiques liés aux gestes non autorisés et les encourager à ne jamais outrepasser leur cadre d'intervention.
. Mettre à jour régulièrement le document d'évaluation des risques professionnels (DUERP) pour y inclure une analyse précise des risques liés à la manipulation des victimes et les protocoles d'intervention clairs.
. Envisager des formations spécifiques pour certains personnels (non SST) qui, de par leurs fonctions, pourraient être amenés à assister des professionnels habilités dans des situations de relevage (par exemple, des agents de sécurité formés en PSE1/PSE2 si le contexte le justifie).
Conclusion :
La sécurité au travail est une
responsabilité partagée, mais aux rôles bien définis. Le SST est un acteur
essentiel de cette chaîne, mais son efficacité réside précisément dans le
strict respect de ses compétences. Outrepasser ces limites, même par bonne volonté,
expose à des risques majeurs pour la victime et à des conséquences juridiques
irréversibles pour le SST et l'entreprise. La prévention passe aussi par une
connaissance et une application rigoureuse des textes et des formations.